—Nous le prétendons, répondit Hayraddin, et c'est avec raison.

—Comment un pareil don peut-il avoir été accordé à une race si abjecte?

—Comment puis-je vous le dire? Je répondrai à cette question quand vous m'aurez expliqué pourquoi le chien peut suivre à la piste les pas de l'homme, tandis que l'homme, cet animal plus noble, n'est pas en état de suivre les traces du chien. Ce pouvoir qui vous semble si merveilleux, notre race le possède d'instinct. D'après les traits du visage et les lignes de la main, nous pouvons prédire le destin futur d'un homme, aussi facilement qu'en voyant la fleur d'un arbre au printemps, vous pouvez dire quel fruit il rapportera dans la saison convenable.

—Je doute de vos connaissances, et je te défie de m'en donner la preuve.

—Ne m'en défiez pas, sire écuyer. Quelle que soit la religion que vous prétendez professer, je puis vous dire que la déesse que vous adorez se trouve dans cette compagnie.

—Silence! s'écria Quentin tout étonné; sur ta vie, ne prononce pas un mot de plus, si ce n'est pour répondre à ce que je te demande. Peux-tu être fidèle?

—Je puis... tout ce que peuvent les hommes.

—Mais veux-tu l'être?

—Quand je le jurerais, m'en croiriez-vous davantage? répondit Hayraddin avec un sourire ironique.

—Sais-tu que ta vie est entre mes mains?