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La mosquée abandonnée, Gamia Ibn Kâlâun, est cachée par sa voisine plus moderne et plus prospère. Dernièrement encore, elle servait de dépôt militaire et avant cela de prison. Le dôme s'est écroulé et les beaux marbres de couleur qui ornaient l'intérieur ont disparu. Cependant, ce qui reste montre qu'elle fut digne du grand Sultan Mamelouk qui la fit élever. Le palais d'El-Nasir qui s'élevait autrefois à côté, avec son fameux «Hall des Colonnes», fut détruit pour faire place à la mosquée de Mohamet Ali.

A peu de distance dans la direction sud-est, nous trouvons le puits de Joseph, «Bir Yûsuf». La tradition veut que Joseph ait été jeté dans cette fosse par ses frères, et bien que la tradition se trompe de quelque 500 kilomètres, l'histoire n'en est pas moins fermement acceptée par beaucoup de gens, et les guides la répètent avec solennité aux touristes. Si ce puits n'a en réalité rien de commun avec le Joseph de l'Histoire Sainte, il est, d'autre part, intéressant d'apprendre qu'il doit son nom à «Salâhedden-Yûsuf», le Saladin des croisades, lequel, au XIIe siècle, construisit la citadelle.

CHAPITRE VII
LA MOSQUÉE DU SULTAN HASAN

Le plus beau monument du Caire. || L'exode des lampadaires. || Le supplice d'un architecte trop génial. || Enterrements et pleureuses de profession. || La Mosquée Bleue.

Dirigeons-nous à présent vers la mosquée au dôme gris qui s'élève de l'autre côté de la place. C'est là non seulement le plus beau monument du Caire, mais le spécimen le plus parfait qui existe de l'art sarrasin. Elle fut construite sous le Sultan Hasan, en 1356, pour servir de Medreseh ou Collège de Théologie, mais elle est devenue depuis une mosquée de congrégation. Nous avons déjà vu une belle mosquée, celle de Ibn-Tulûn, construite dans le but de recevoir une nombreuse congrégation dans sa vaste cour intérieure. Les medresehs étant construites à l'intention des étudiants, il n'était pas nécessaire de sacrifier tant de place aux fidèles, mais il fallait avant tout considérer les besoins des professeurs et conférenciers et songer au logement des élèves. Le dôme, bien plus important ici que dans les autres mosquées du Caire, n'appartient pas à la mosquée elle-même: il recouvre une tombe. Il y a au Caire beaucoup de monuments religieux servant de dernière demeure à leur fondateur, et l'on a pris à tort l'habitude de considérer ces mausolées recouverts d'un dôme comme faisant partie d'une mosquée.