Le plan en forme de croix de la mosquée du Sultan Hasan n'est pas visible de l'extérieur, les angles étant occupés par des constructions qui renferment les divers appartements d'un collège. Le grand mur qui longe la rue n'est percé çà et là que pour éclairer ces appartements. La simplicité de cette façade fait ressortir la beauté de la corniche qui court tout le long du bâtiment. L'ornementation en forme de stalactites coupe les lignes horizontales à la projection de chaque assise de pierres, et la nudité du mur sous la corniche est embellie par les ombres que celle-ci projette. A midi, ces ombres s'étendent sur presque toute la surface du mur jusqu'à l'angle où celui-ci est exposé plus directement au soleil. Ici, les ombres s'arrêtent brusquement comme si elles craignaient de violer le contour du magnifique portail sous lequel nous allons pénétrer.

Après avoir monté quelques marches, nous nous trouvons sur le palier d'où cette immense niche s'élève à 22 mètres au-dessus de notre tête. L'arche en forme de voûte semi-sphérique se dresse en 12 rangées de pendentifs; de délicates petites colonnes arrondissent les angles près de la base, ainsi que les niches cintrées qui se font face de chaque côté de la porte. Un cadre de ravissantes arabesques, des panneaux et des médaillons décorés de dessins géométriques finement taillés, ornent cette porte majestueuse.

Ayant franchi un vestibule voûté, puis deux passages, nous arrivons à une porte où le gardien nous remet des pantoufles, afin que nos bottines ne souillent pas les planchers, et nous pénétrons dans le Salin, ou cour intérieure. Incontestablement, ce qui impressionne le plus, ce sont les quatre arches colossales qui séparent cette cour du transept; elles donnent une impression de grandeur bien supérieure à ce que l'ensemble est réellement. Selon l'habitude, la fontaine pour les ablutions se trouve au centre de la cour, et il y a ici une autre fontaine plus petite, pour l'eau potable. Le liwan ou sanctuaire est un peu surélevé et couvert de nattes et de tapis à prières. La dikka ou chaire, d'où le Coran est lu, est en pierre et repose sur de gracieuses colonnes. La Mihrab ou Kibla, niche sacrée, est à l'extrémité du bâtiment, tournée vers la Mecque, et à côté du pupitre de pierre.

J'eus la bonne fortune de pouvoir peindre le sanctuaire (tel qu'il est reproduit ici) avant que les travaux de restauration ne fussent commencés. Je ne doute pas que ces travaux ne soient accomplis d'excellente façon, mais il faudra quelques années pour que le neuf s'harmonise avec l'ancien.

Dix ans plus tard, je fus empêché de peindre de nouveau dans cette mosquée par les échafaudages et le bruit que faisaient les ouvriers. De grands morceaux de la fresque, légère comme une toile d'araignée, avec ses inscriptions kufiques, jonchaient le sol en compagnie des pierres moulées et coloriées qui devaient être nettoyées et retaillées avant d'être cimentées à leur place, travail nécessaire sans aucun doute, et d'ailleurs dirigé d'une façon fort habile. Puisqu'on en est là, il serait à souhaiter qu'on fît un peu plus encore et qu'on remît en place les magnifiques lampadaires de bronze qui, à différentes époques, ont été enlevés de là. Quelques-uns, et des plus beaux, sont actuellement au Musée arabe, mais ils seraient beaucoup plus à leur place ici. L'argument si souvent employé que les objets de valeur courent le risque d'être volés dans les mosquées, ne saurait s'appliquer à des objets d'art pesant plus de 1 000 kilogrammes! Quelques-uns de ces lampadaires qui sont catalogués dans les musées, ont été remplacés dans les mosquées par des lampes qui feraient honte à un cirque de saltimbanques!

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Une porte qui ouvre à gauche de la Kibla conduit au mausolée du Sultan Hasan, au milieu duquel se trouve son sarcophage. Le dôme qui, du dehors, est le trait saillant de l'ensemble, forme la voûte sépulcrale.

Ce fut un monarque vraiment indigne que ce Sultan qui dort dans ce majestueux tombeau. Nous lui pardonnons beaucoup en considération de ce merveilleux monument, mais nous ne pouvons oublier l'effroyable manière dont il récompensa le génie qui en fit les plans. Craignant que quelqu'un d'autre n'employât son architecte et ne lui fît construire un monument qui éclipserait celui-ci, il n'hésita pas à lui faire couper la main!