Cette fantaisie, née spontanément, est saine et organique et ne se trouve, par conséquent, nullement en opposition avec l'État populaire. Aussi bien, en désignant le mécanisme propre de la représentation populaire dans des termes empruntés aux transactions financières telles qu'elles s'effectuent à la Bourse, n'avions-nous nullement l'intention de marquer notre mépris pour ce mécanisme: nous voulions tout simplement user d'une expression épigrammatique, destinée à attirer l'attention sur une réalité susceptible d'amélioration ultérieure.
En serrant cette réalité de plus près, nous reconnaissons la véritable signification des représentations populaires de notre temps, pour autant qu'elles sont correctement comprises et normalement composées. L'image arithmétique incomplète, mais plus ressemblante, des volontés populaires, qui se reflète dans la composition d'un parti, indique dans quelle mesure celui-ci puise son dynamisme, ses forces vives, dans le peuple. Il suffirait presque, lors de chaque période électorale, d'afficher dans la salle ce rapport de forces et multiplier le total des voix obtenues par chaque chef, par le nombre des membres dont se compose son parti. Mais le bizarre et souvent peu réjouissant appareil parlementaire est indispensable, en tant que moyen de sélection et école de formation d'hommes d'État et d'hommes politiques. C'est du moins ce qu'il devrait être.
Dans les pays à gouvernement parlementaire, il l'est dans une mesure plus grande que chez nous, bien que même dans ces pays-là on ne semble pas toujours se rendre bien compte de cette circonstance. Le dynamisme y est beaucoup plus prononcé, ce qui ne va pas toujours sans grands dommages, puisqu'il se manifeste par des changements fréquents de gouvernements, changements sans rapports avec les dispositions du pays et apportant des troubles dans la marche des affaires. Étant donné le niveau intellectuel moyen de ces pays, la sélection et la formation donnent des résultats beaucoup plus heureux, puisqu'elles tirent d'un sol plus pauvre des moissons intellectuelles plus abondantes et souvent meilleures.
En présence de l'état de choses que nous venons d'esquisser, il est facile de saisir les raisons du peu de popularité, de la faible substance, de l'insuffisante efficacité des Parlements allemands, et plus particulièrement du Parlement prussien. On redoute l'acte électoral local. Faire surgir une majorité absolue dans une circonscription qui n'a pas toujours une forte expérience politique, cela suppose l'emploi de moyens qui, eux aussi, ne sont pas toujours purement politiques. S'il manque une voix pour parfaire la majorité, les dizaines de mille de bulletins déposés dans les urnes restent sans effet, et une minorité forte, d'un niveau intellectuel peut-être très élevé, reste sans représentation. Les avantages sont acquis aux localités en raison de leur importance numérique. Les électeurs locaux entendent souvent raconter et promettre des choses qui n'ont rien à voir avec la pensée intime de l'orateur. Ce ne sont pas toujours les natures les plus nobles et les plus honnêtes qui s'accommodent de ces procédés.
La vie des partis, à l'exception des partis agrarien et socialiste, est mal organisée et d'une façon mesquine. À côté des habitués de tables d'hôte, des politiciens amateurs et professionnels et des lecteurs de journaux, toute la partie pensante, intelligents et agissante du pays devrait se retrouver dans des clubs et des associations, dans des réunions électorales et autres, pour délibérer sur le sort de l'État; les forces politiques les plus éminentes du peuple devraient se trouver en contact permanent avec leurs amis et mandants; les propos de cabaret et les critiques personnelles devraient céder la place à une collaboration franche et intime.
S'asseoir sur des banquettes dans une salle à moitié vide, faire passer des motions, écouter des discours électoraux et, à l'occasion, intervenir en faveur d'un chemin de fer d'intérêt local qui intéresse l'arrondissement de l'orateur, tout cela ne constitue pas, pour tout le monde, un bilan suffisant d'une année de travail. On n'éprouve pas un grand besoin de chefs de fraction et d'hommes capables de travailler dans les commissions, et en présence de l'indifférence et de la lassitude parlementaires du pays, plus d'un doit se poser cette scabreuse question: «À quand la fin?»
Dans les États parlementaires, chaque représentant du peuple se voit d'avance nanti d'un portefeuille, et parfois de choses moins avouables. Si ces mobiles ne sont pas nobles, ils sont du moins forts. Bismarck a abaissé, et non sans raison, le Reichstag, le jour où cette créature qui lui devait la vie a voulu se dresser contre lui. Notre Parlement s'est souvent lui-même condamné à s'épuiser en critiques stériles; il a rarement trouvé des paroles et des actes qui sauvent. Aussi sa puissance créatrice ne s'est-elle pas accrue, alors que c'est seulement par l'activité créatrice qu'on peut attirer à soi, gagner à sa cause les esprits représentatifs du pays. À cela s'ajoute encore l'attitude particulière du peuple allemand, qui n'aime pas l'éloquence et la propagande, qui ne se sent pas sûr dans ses opinions politiques, qui se décourage toutes les fois qu'on lui fait une nouvelle promesse sans la tenir, mais qui possède une saine intuition des qualités humaines et accorde plus d'estime à l'honnête travail du gouvernement qu'il a devant ses yeux qu'à la dialectique de ceux qui le critiquent.
Une profonde réforme du parlementarisme allemand s'impose, non seulement en vue de la réalisation de l'État populaire, mais aussi en raison de la nécessité de donner à l'existence politique une base sûre.
La première mesure urgente consiste dans la suppression de l'élection locale et dans son remplacement par un bon et sain système proportionnel. Cette mesure est plus importante que toutes les autres modifications des droits électoraux dans tous les États, y compris la Prusse et le Mecklenburg.
La deuxième mesure consiste dans la constitution et l'organisation de partis.