L’orateur a cessé de parler. Un tel silence accueille ces paroles que Thor peut entendre la respiration fortement rythmée du lieutenant de vaisseau Rittersdorf, qui est assis auprès de lui et semble en proie à une lutte intérieure.

—Mes amis, finit-il par crier, sur le verbe fougueux qui lui est ordinaire, je suis d’avis de rejeter, sans plus, les propositions américaines. En ce qui me concerne personnellement j’entends refuser mon concours à une entreprise qui aura pour résultat de faire du prisonnier de plusieurs peuples le prisonnier d’une seule nation.

—Bravo, Rittersdorf, éclate Sellenkamp, je pense absolument de même!

—Moi aussi, s’exclament d’une seule voix les deux Walding et de la Rieth.

Ils se sont levés, tous deux au paroxysme de l’émotion et semblent décidés à n’accepter aucune compromission.

Le comte Kammitz hausse les épaules et cherche à rencontrer les yeux de Tornten, dont il paraît espérer un secours. Mais le visage de ce dernier demeure obstinément baissé et ne témoigne en aucune façon de l’orientation de ses pensées. Il s’abstient de répondre au regard de son ami, s’absorbe dans l’examen de la carte et attend patiemment que l’agitation de ses camarades ait pris fin.

Quelques paroles prononcées par Unstett ont, d’ailleurs, ramené déjà un peu de calme.

—Mais, messieurs, a annoncé le capitaine de cavalerie qui est tranquillement resté assis, je partage entièrement vos sentiments et vos vues. Je n’ai fait que vous rapporter les propositions qui m’ont été soumises, sans me poser aucunement en avocat de ces projets. Ne nous querellons pas si nous voulons arriver à notre but.

—Notre but! mais c’est de ramener le kaiser en Allemagne, riposte Rittersdorf. Quiconque y est opposé n’aime pas sa patrie!

Thor observe Grotthauser qui se tait, pâle et frémissant, sans vouloir prendre parti dans ce déchaînement d’enthousiasme.