Rittersdorf sourit d’un sourire dédaigneux qui se reproduit aussitôt sur les lèvres de ses amis et celles... du capitaine de cavalerie. Ce jeu de scène n’a pas échappé à Tornten.
Mais déjà Grotthauser tente, par des paroles conciliantes, de ramener la bonne intelligence parmi les conjurés.
—Messieurs, fait-il, s’adressant à Rittersdorf et aux autres officiers, pouvez-vous croire qu’il soit encore dans le goût et dans les intentions du kaiser de soutenir, pour son trône, une lutte formidable. Outre que cela dénoterait, de sa part, un manque de clairvoyance dont vous n’avez pas le droit de préjuger, il faut considérer qu’il est certainement affaibli par six années de combats autour de sa souveraineté et brisé par les événements qu’elles ont déchaînés. Songez qu’il n’est plus à l’âge de l’action et qu’il ne possède plus ce ressort de la jeunesse qui fait supporter les revers avec confiance en l’avenir.
—C’est bon, monsieur Grotthauser, répond fraîchement le baron Rittersdorf. Nous ne parlons pas la même langue. Laissez le temps arranger les choses.
—Comme vous voudrez, monsieur le baron.
—Messieurs, reprend Kammitz, en rompant brusquement le débat, je propose, maintenant, de choisir parmi nous un chef. Il nous en faut un et vous n’ignorez pas que toute entreprise est vouée à l’insuccès, qui ne possède pas une tête.
—Je vote pour le comte Kammitz, s’écrie Thor de Tornten.
De toutes parts, des acclamations accueillent ce vote et le comte accepte, avec calme le choix dont il est l’objet. Mais, de sa propre initiative, il tient à imposer une limite à ses attributions en ajoutant:
—Mais, aussitôt que nous aurons le pied sur le croiseur sous-marin, je remets tous mes pouvoirs aux mains de notre ami Tornten. Cela ne va-t-il pas de soi? il est parmi nous le seul capable de prendre la direction d’un tel navire.
Cette proposition est adoptée avec la même unanimité.