—Où cela?
—Est-il un coin sur la terre où nous ne trouvions pas le bonheur, nous deux avec le petit? Et, autour de nous, nous aurons des amis, de bons, de chers amis, parmi lesquels il en est un que nous chérissons comme un père.
—Que tout cela serait beau.
—Mille fois plus beau que tu ne l’imagines. C’est à l’étranger, mais dans un pays merveilleusement riche et sain, une deuxième patrie. Nous y oublierons tout ce passé qui est une offense pour nos yeux et notre cœur et nous y vivrons, par le travail et dans l’amour, pour l’éducation de mon fils.
Il pose l’enfant à terre et met la main sur sa tête blonde.
—Tout ce que tu me dis me calme un peu et me console, fait miss Bolton à voix basse. Mais, je t’en supplie, ménage-toi, tu es à peine rétabli et chaque effort peut t’être fatal.
—Il y a des limites à tout, aussi bien à l’égard de soi-même qu’à l’égard des autres.
Des coups de sifflet stridents retentissent d’un bout à l’autre du hall. Les conducteurs pressent les voyageurs de monter en voiture.
Thor enveloppe, d’abord, le garçonnet d’une dernière caresse, ensuite il enlace Carry qui recommence à pleurer et il presse ses lèvres contre les siennes si fortement et si doucement à la fois qu’il sèche ses larmes et tarit ses plaintes. Puis, s’arrachant à cette étreinte, il saute dans le compartiment. Derrière lui, la porte se referme à la volée, il trouve à peine le temps de se pencher à la fenêtre et d’embrasser, encore une fois, du regard, les deux êtres aimés.
Un mouchoir clair s’agite aux mains de la svelte jeune femme qui se tient près de l’enfant, sur le quai. Tornten envoie encore un dernier baiser d’adieu, saisi soudain par cette pensée que, peut-être, il n’y aura pas de revoir, puis il s’affaisse sur sa banquette.