Il n’est pas seul. En face de lui, un homme cache sa tête derrière un journal et Thor remarque que c’est le Vorwærts.
Puis l’officier perd de nouveau la notion de ce qui l’environne. Les nuages sanglants l’enveloppent, encore ces brouillards à la hantise desquels il croyait avoir définitivement échappé, et il s’enfonce dans l’infini.
Il croit voir cependant que l’homme assis en face de lui a brusquement abaissé son journal, montrant les traits bien connus de Grotthauser. Mais ce doit être une erreur, car aussitôt après le voyageur, de clair vêtu, le visage bienveillant sous la barbe grise se penche sur lui et caresse ses tempes avec sollicitude; puis quelqu’un que Tornten n’a pas vu, murmure:
—Je crois qu’il s’éveille, docteur.
—Vous vous trompez, cher collègue, fait le vieillard en blouse claire, ce ne sont que de faibles réflexes de la connaissance.
V
—Voyez-vous quelque chose, Paul?
—Non, commandant, rien de plus que les nuits dernières; à bâbord, flambe toujours le projecteur d’une des unités de l’escadre de surveillance, devant nous, se dressent les rochers accores de Mas-a-Tierra et, à tribord, brille, dans la nuit, l’appareil optique du fort. Sinon, rien, absolument rien.
—Je ne vois rien, non plus, de ce que nous attendons, constate Thor qui abaisse sa lunette.
—Toujours pas de feu vert! confirme l’aspirant de marine, de sa voix jeune et bien timbrée.