—Ce sont probablement leurs navires qui assurent la surveillance de cette partie du littoral, suppose Sellenkamp.
—Espérons-le.
Les hauteurs de Mas-a-Tierra grandissent à vue d’œil, pour les passagers de la baleinière, à mesure qu’elle arrive plus près de terre. Le courant devient de plus en plus violent et entraîne, comme une flèche, la légère embarcation. Soudain, elle flotte en eau calme et Tornten reconnaît qu’elle vient de s’engager dans le chenal, formé par deux promontoires rocheux qui s’avancent à quelque distance dans la mer. Le feu vert brille dans le fond de l’anse à laquelle conduit la passe.
Déjà le sable mou grince sous la quille. Les rameurs n’avancent plus et la baleinière va se mettre au plein, mais l’aspirant saute légèrement dans l’eau qui lui monte aux genoux et, tirant le bateau derrière lui à la chaîne, parvient à lui faire atteindre une roche qui surplombe verticalement, d’au moins deux mètres.
Hissé sur le rocher, Paul aide à son tour ses compagnons à s’y rétablir. Thor donne la lumière d’une lampe électrique de poche; aussitôt le feu vert est balancé, à deux ou trois reprises de haut en bas, pour aviser que la venue des libérateurs a été reconnue.
Les Allemands marchent lentement, à tâtons, se guidant sur la frange d’écume qui borde la plage. Lorsqu’ils ne sont plus qu’à quelques mètres du signal, ce dernier s’éteint, mais deux silhouettes noires s’avancent et l’un des guetteurs, qui s’exprime en anglais, demande:
—M. de Tornten?
—C’est moi, répond ce dernier.
—Je commençais à craindre que notre signal n’ait pas été aperçu. Il y a plus d’une heure que nous sommes là.
—Nous avons dû armer la baleinière et il y avait une bonne distance à couvrir à l’aviron.