—Je vous en prie, pas d’excuses. Ecoutez seulement et mettez-vous bien dans la tête ce que je vais vous communiquer.

—Je suis à votre disposition.

—Voici donc: de ce point où nous nous trouvons, part un étroit sentier qui mène dans l’intérieur de l’île, commence d’expliquer l’étranger, tandis que non seulement Thor, mais aussi tous ses camarades, écoutent, avec une religieuse attention. En le suivant constamment, vous ne pouvez pas vous tromper.

«Vous atteindrez, par ce chemin, au massif de la Junque où vous trouverez facilement, à travers les réseaux de barbelés qui entourent la villa du kaiser, l’accès qui vous y a été ménagé. Le portail est ouvert: le poste de garde dort auprès, d’un sommeil de plomb; vous n’avez donc pas à vous en inquiéter. Ne vous laissez pas retarder davantage par les cadavres des chiens; nous avons dû empoisonner ces gardiens, dont les aboiements auraient pu donner l’éveil aux sentinelles.

«A l’aller, vous n’avez aucune surprise à craindre, car la patrouille Nº 3 qui vient de sortir, avant minuit, était constituée par nos gens et ne vous causera aucune difficulté. Mais, au retour, veillez, car ce sont les Français qui fournissent la patrouille Nº 4, et il n’y aurait rien d’impossible, au moment où vous atteindrez de nouveau la plage, qu’elle se trouve dans votre voisinage.

«Pour le reste, vous saurez bien vous débrouiller, messieurs, ajouta l’Américain, de façon significative.

—Sans doute, répondit le lieutenant de vaisseau, mais il vaudrait certes mieux, à tous points de vue, que nous puissions rentrer à bord du sous-marin sans avoir rencontré d’obstacles.

—C’est aussi mon avis, fait l’Américain avec un geste d’indifférence. Mais... vous avez bien des armes?

—Oui. Il me reste encore une question à vous poser: le kaiser est-il au courant de ce que nous tentons pour son évasion.

—Non. Hier, il nous est survenu un petit accroc. Le major de Dymkow, aide de camp du kaiser, qui devait renseigner ce dernier, a voulu essayer de corrompre un poste anglais pour faire tenir, probablement en Allemagne, des correspondances ayant trait à ce qui se passe à Mas-a-Tierra et que les alliés ne laissent pas transpirer. A la suite de cet incident, le major a été relevé et embarqué, séance tenante, sur la canonnière britannique Zoulou pour être rapatrié.