—Bonne nuit!

A cette parole, l’étranger disparaît dans l’ombre ainsi que son camarade, qui n’a pas prononcé un mot. Les conjurés se serrent en silence autour de leur chef et, précédés de celui-ci s’engagent dans le sentier, où ils doivent marcher l’un derrière l’autre, car il est extrêmement étroit, bien que, par bonheur, assez aisé à suivre.

Malgré l’obscurité, ils savent qu’il y a peu de chances de se tromper. Mais, tout de suite, la piste commence à gravir des rochers et présente, en ses débuts, quelque difficulté, car sous les pas des hommes, des pierres se détachent et roulent dans le bas-fond. On les entend rebondir et tomber dans la mer. Aussi, comme il importe d’éviter le moindre bruit, les plus grandes précautions sont-elles recommandées.

Dès qu’on a franchi le premier contrefort, la lune apparaît entre les nuages et la nuit redevient aussi claire qu’à l’heure précédente, où les marins étaient encore à bord de leur navire.

Le sentier se déroule devant eux, conduisant vers l’autre penchant où il se perd dans la brousse et sous les arbres. A partir du moment où l’on entre sous bois, il devient, d’ailleurs, plus difficile de se diriger. La lumière affaiblie ne filtre que de place en place, à travers l’épaisse couronne de verdure. Entre les fûts énormes des grands arbres qui s’élancent vers le ciel, se presse toute une végétation exubérante de fougères, dont les feuilles affectent les formes les plus fantastiques et qui justifient bien le nom d’«île des fougères» donné par les Chiliens à l’île de Robinson.

Parfois, des clairières s’ouvrent, peuplées de rochers immenses, aux flancs desquels la nature et les érosions ont creusé des grottes profondes. Le pays est très accidenté et il est rare que les camarades de Tornten aient à marcher de suite plus d’une minute en palier.

La route se poursuit sans aucun incident, dans le plus grand silence que rompt seulement, par intervalles, le cri de la chouette ou de quelque autre oiseau de nuit. Souvent aussi, franchissant d’un bond le sentier, d’agiles rongeurs vont se perdre dans le fourré. Ce sont toutes les manifestations de la vie animale, dans cette solitude grandiose.

Une fois, cependant, les visiteurs nocturnes ont entendu, dans leur voisinage, un bruit de voix suspectes, aussitôt éteint. Sans doute, ont-ils croisé la patrouille américaine, qui, stylée par ses chefs, n’a pas été surprise par la rencontre nocturne de la petite troupe allemande.

Enfin, apparaît aux yeux de cette dernière le réseau de fils de fer qui coupe le chemin. Il est disposé sur plusieurs rangs et aurait certainement arrêté Tornten et ses amis, si l’existence d’un passage ne leur avait pas été révélée.

Les Allemands ont maintenant devant eux le massif imposant de la Junque; à vrai dire, ce n’est qu’une nappe d’ombre qui paraît escalader verticalement le ciel et barre tout l’horizon. Du large, la montagne ne donnait pas l’impression d’une si grande hauteur.