Ils entrent dans l’enclos et y trouvent la confirmation des renseignements fournis par l’Américain. Près de l’entrée, étendu tout de son long, dort un matelot français et, un peu plus loin, l’aspirant Paul bute contre le cadavre d’un chien.

Les Yankees ont fait de bonne besogne.

Encore quelques pas et la maison apparaît, que les soins d’un parent, ému de sollicitude fraternelle, ont élevée pour le proscrit, dans Mas-a-Tierra. Elle occupe une clairière de la forêt qui s’étend avec une pente légère sur le versant de la montagne. Un jardin entoure le bâtiment élevé d’un seul étage, derrière lequel on peut apercevoir le pavillon des domestiques et les écuries.

Il semble à Thor qu’il ait déjà vu cette habitation. Où? Ne ressemble-t-elle pas à l’aimable demeure, en arrière du front de France où le kaiser a si longtemps vécu?

Mais il n’a pas à perdre le temps de s’attarder à ces réflexions. Il a déjà ouvert la grille du jardin qui n’a pas résisté et, après l’avoir franchie, se trouve devant la porte, également ouverte de la villa. Les génies bienfaisants, qui assistent les Allemands dans leur entreprise, ont tout fait pour leur en aplanir les difficultés.

Thor et ses amis pénètrent, sans avoir été inquiétés, dans l’intérieur de la maison.

Une obscurité profonde les environne, ce qui ne les empêche pas de refermer sur eux la porte donnant accès au vestibule, afin de parer à toute surprise qui pourrait venir du dehors. Là-dessus, ils s’arrêtent, irrésolus, ne sachant où trouver le kaiser.

A ce moment, une lumière s’allume, dans la pièce qu’ils occupent; ils se croient découverts et, instinctivement, cherchent leurs armes.

—Laissez, je vous prie, les revolvers au repos, fait un individu qui devait être posté là pour les attendre, car ils n’ont entendu aucune porte tourner. Une de ces armes pourrait partir involontairement et il serait dommage de compromettre une opération qui est en si bonne voie.

—Qui êtes-vous? demande Thor à cet homme qui s’est aussi servi de la langue anglaise et dont il ne peut reconnaître les traits, car la lanterne sourde qu’il tient ne laisse filtrer qu’un mince filet de lumière et le plonge entièrement dans l’ombre.