—Non, majesté. Ainsi pense la majorité du peuple allemand.
Thor se mord les lèvres, mais il trouve dans l’émotion du moment l’excuse de l’imprudent enthousiasme de son jeune compagnon. Toutefois, il coupe court à la manifestation en s’adressant au kaiser.
—Votre Majesté n’a pas de temps à perdre. Chaque seconde est précieuse et peut retourner la fortune contre nous.
—Vous avez raison, Tornten, hâtons-nous.
Le prisonnier de l’Entente n’a pas même eu un moment d’hésitation à l’idée des dangers qu’il peut courir. Il faut qu’il ait cruellement souffert dans les semaines qui se sont écoulées depuis son internement pour se décider avec autant de calme que d’insouciance à jouer son va-tout sur cette seule carte.
Thor se sent envahi de l’admiration que l’impérial vaincu n’a cessé de lui arracher, même aux heures les plus sombres de la débâcle.
—Je vais appeler mon domestique pour faire garnir une sacoche des quelques petits objets dont je pourrai avoir besoin dans la fuite, continue l’empereur en ouvrant la porte.
Mais l’Américain est déjà derrière, qui lui tend un petit sac de cuir noir.
—C’est prêt, sire, fait-il avec un sourire dans sa face glabre.
Sellenkamp s’empare de la sacoche; le prisonnier court encore à son bureau, y rassemble divers papiers et prie l’officier de serrer ces documents dans la pochette. Une fois cet ordre exécuté, il jette autour de la pièce un dernier regard scrutateur, comme s’il voulait graver dans sa mémoire l’image qui doit lui rappeler bien des tristesses.