—Allons, messieurs, fait-il ensuite.

Et de nouveau son visage exprime la décision qui fut toujours dans ses gestes comme dans ses actes.

Le valet de chambre précède la petite troupe en l’éclairant jusqu’à la porte fermée. Comme il s’arrête devant celle-ci, le kaiser le remercie; mais l’Américain s’incline et répond:

—Sire, j’ai servi ceux qui m’ont placé ici.

La lanterne sourde s’éteint. Tornten entr’ouvre avec précaution un des battants de la porte et jette un coup d’œil au dehors. Lorsqu’il s’est assuré de la sorte qu’il n’y a aucun danger de surprise, il franchit rapidement le seuil, immédiatement suivi par le fugitif de Mas-a-Tierra, et tout le monde traverse le jardin.

Aucun obstacle ne se présente pendant la marche, malgré le réseau de surveillance et de défense, et les conjurés s’engagent, sans avoir été inquiétés, dans le sentier sous bois.

Il fait un peu plus clair que pendant la première partie de l’expédition, si bien que Tornten à l’impression qu’à cette heure matinale—il est deux heures du matin—le jour commence à poindre. Il hâte le pas en conséquence, car il redoute par-dessus tout la lumière.

A cette crainte viennent s’ajouter l’impatience qui le ronge et le sentiment de la responsabilité qu’il a assumée des jours de l’homme qui marche sur ses traces.

Des minutes s’écoulent, un quart d’heure se passe sans qu’aucun mot soit échangé entre les conjurés. On n’entend que leur souffle un peu haletant. Un second quart d’heure se passe. Tornten estime que dans dix minutes on atteindra la plage.

Mais soudain il s’arrête et tend l’oreille. Derrière lui tous ses amis sont restés en suspens et l’ouïe exercée des marins perçoit à courte distance un murmure de voix, un cliquetis d’armes qui vont se rapprochant.