La patrouille française!
—Majesté, il faut nous réfugier dans le fourré, avise-t-il brièvement le kaiser.
—Marchez devant, répond tranquillement le fugitif.
Les autres ont compris et aussitôt suivi le mouvement de Thor, qui disparaît dans les fougères touffues dont la hauteur dépasse celle des hommes. En quelques secondes, le sentier est abandonné.
Des pas lourds viennent du côté de la mer, allant en approchant. Les voix deviennent plus distinctes, le cliquetis des armes plus fort. Bientôt, on entend des mots français.
Tornten et ses compagnons, blottis à quelques pas à peine de l’endroit où cheminent les soldats, sont cachés, à l’abri de la végétation luxuriante de Juan-Fernandez.
La patrouille passe; un falot brille aux mains d’un sous-officier, qui marche en tête, et la petite troupe s’éloigne sans avoir soupçonné qu’elle a frôlé de si près la retraite du kaiser.
Le sergent jure encore contre l’ennui de la corvée et l’étroitesse du chemin; puis les voix s’éloignent dans la solitude boisée, et le danger paraît conjuré.
—En avant! dit le kaiser, qui se relève le premier. Dieu nous a secourus jusqu’à présent; il nous assistera jusqu’au bout.
—J’espère que nous avons franchi le pire, encourage Thor de Tornten. Et si nous arrivons au croiseur, Votre Majesté peut compter que nous atteindrons la côte chilienne.