La marche à la file indienne reprend à travers l’obscurité, et déjà l’on approche de la lisière du bois.
A ce moment, venant de l’arrière, où Paul de Walding marche le dernier, un avertissement à voix basse parvient aux oreilles de Thor.
—Ils reviennent... dépêchons-nous... ils sont sur nos pas!
—Impossible, pense le lieutenant de vaisseau.
Mais aussitôt, plus de doute: il entend les cris des Français qu’un hasard a mis sur la trace des fugitifs. Ce sont d’abord des «Qui vive?» répétés qui deviennent de plus en plus rapprochés et menaçants.
Le premier mouvement des fuyards est de s’arrêter, comme figés par la peur. Ils ne conçoivent pas ce revirement de la chance, qui leur a été favorable jusqu’alors. Mais ils ont vite compris que le temps leur manque d’épiloguer sur la décision à prendre.
—Sauvons-nous! crient-ils.
Et ils s’élancent, dans l’espoir de gagner les poursuivants de vitesse et d’atteindre la petite anse.
Derrière eux, le bois s’anime. Les quatre hommes de la patrouille croisée tout à l’heure se sont-ils décuplés, ou bien a-t-on su, au pied de la Junque, l’évasion du kaiser et envoyé immédiatement des renforts qui ont rejoint le sergent et son escouade? Thor et les siens ne peuvent trouver la solution de ce mystère; les circonstances, d’ailleurs, ne leur en laissent pas le loisir.
Il s’agit, en ce moment, pour eux, d’échapper à tout prix à leurs adversaires. Précisément, le sentier commence à monter, et les cinq marins, soutenant, tirant leur souverain, escaladent, haletants, les rochers qui les séparent de la liberté.