A la sortie du bois, comme le kaiser et sa suite viennent d’atteindre le sommet de la montée, surgissent devant eux des silhouettes imprécises.

—Qui vive?

Cet appel, resté sans réponse, est appuyé de trois coups de fusil tirés à court intervalle. Dans l’ombre que la forêt étend sur la tête des fugitifs la gerbe de flamme éclate comme un éclair dans un ciel de tempête. Les balles sifflent dans les basses branches sans atteindre personne; ils tirent mal, là-bas.

—Allons, mes braves!... C’est l’empereur!... hurle une voix qu’amplifie l’émotion.

Le sous-officier soupçonne-t-il la gravité du moment ou sait-il effectivement que le kaiser a quitté le nid qu’il doit à la sollicitude de son cousin d’Angleterre?

Le bois craque de toutes part, des formes nouvelles couronnent les rochers, mais les Allemands ont franchi le plus dur de l’obstacle et dévalent maintenant, plus qu’ils ne descendent, sur la pente rapide qui les mène à la mer, à la liberté.

Sur leur passage, de grosses roches s’éboulent et roulent dans les flots; mais peu importe. Ils atteignent heureusement la crique, où leur embarcation se balance à l’endroit où ils l’ont amarrée.

—Je prie Votre Majesté d’embarquer, halète Tornten.

Derrière le kaiser, les autres sautent dans la baleinière; Unstett, l’aîné des Walding et Sellenkamp s’emparent des avirons, mais ils talonnent et leurs efforts sont vains pour se mettre à flot. L’aspirant est resté sur le rocher et a fait face à la direction par laquelle viennent les poursuivants.

—Paul, voyons, arrive! lui crie son frère.