Un autre appel, en langue française, retentit:

—Halte-là!... Vous êtes mes prisonniers!

C’est le sergent, qui a devancé de beaucoup ses hommes et qui arrive sur les talons du jeune marin, le fusil en joue, prêt à faire feu.

—Paul! crie encore une fois l’aîné des Walding.

Et Thor de Tornten voit se dérouler sous ses yeux un spectacle qui le comble à la fois d’espoir et d’horreur.

Sellenkamp a sauté dans l’eau, délestant la baleinière qu’il pousse dans le courant, sauvant ainsi le kaiser et ceux dont l’embarcation assure la fuite. Mais, d’autre part, Paul est perdu et risque sa vie et tout au moins sa liberté.

Il est toujours là-haut, debout, et a sorti son revolver qu’il oppose à l’arme menaçante du Français, dont quelques pas seulement le séparent.

Encore un appel incompréhensible dans la langue étrangère, immédiatement suivi de deux coups de feu et de deux cris, l’un de douleur et d’angoisse, l’autre de victoire et de joie.

—Vive le kaiser! a crié Paul de Walding en tombant tout près du sergent, qui, grièvement blessé, s’est encore avancé en rampant de quelques pas.

Le lieutenant de vaisseau croit percevoir encore les râles d’agonie du vaillant jeune homme, tandis que la baleinière flotte enfin et que les rameurs se dirigent à force d’avirons vers le large, luttant contre le courant, pour rentrer à bord...