—Nous avons eu pourtant de la peine à le persuader de la nécessité de son rapatriement, avoue Kammitz—ce qui lui vaut un regard furieux du baron Rittersdorf.—Mais il a, en définitive, consenti à se laisser fléchir devant la valeur des motifs qui militent en faveur de ce coup d’audace.

—Je ne puis croire que vous ayez réussi à le décider! doute le lieutenant de vaisseau.

—Eh bien, parle-lui à lui-même. Descends avec moi et tu pourras te convaincre par tes propres yeux que c’est bien un kaiser que nous ramenons dans son empire.

—Bon, je te suis, Kammitz. Mais, auparavant, une question: comment comptez-vous effectuer ce voyage de rapatriement?

—Tout a été bien pesé et décidé, renseigne Rittersdorf. Le premier petit navire qui se présente, nous le capturons et nous obligeons le capitaine à nous conduire en Allemagne.

—C’est de la piraterie!

—D’abord, et dès l’instant où nous rendons au kaiser ce qui lui est dû en le proclamant notre seigneur et maître,—en quoi, d’ailleurs, nous n’avons jamais varié,—nous nous plaçons en état de lutte ouverte avec les alliés et tous les moyens sont de bonne guerre. En second lieu, nous possédons l’or que les Américains nous ont fourni pour mener à bonne fin notre traversée; rien ne nous empêche d’acheter le navire et de le payer royalement. Enfin, toute tergiversation est oiseuse en présence de l’importance du résultat.

—Je doute que vous arriviez jamais en Allemagne.

—Laissez-nous donc faire, s’écrie Rittersdorf ironique. Et maintenant, descendez et osez dire au kaiser ce que vous avez soutenu ici.

«En attendant, je veillerai à notre sécurité.»