Mais, entre eux, aucune conclusion n’est possible, encore moins une entente; le fossé est trop profond qui se creuse entre leurs deux convictions.
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En arrivant à Berlin, ils avaient épuisé dans leur entretien tous les sujets qui, à l’heure présente, passionnent des millions d’Allemands: les causes et les origines de la guerre; la responsabilité des fautes commises dans la conduite de celle-ci; la paix impitoyable que l’Allemagne vient de signer, il y a quelques semaines à peine; l’avenir de l’Empire et, ce qui touche Thor de Tornten au plus profond de son être, la prétention exprimée par l’ennemi de juger le kaiser et ses conseillers responsables.
Devant la gare, les deux hommes se séparèrent.
Grotthauser était un étranger dans la capitale, un provincial, comme il disait plaisamment. Il était descendu dans un hôtel de l’avenue Sous les Tilleuls, où il se fit conduire immédiatement.
Thor avait, de son côté, la désagréable surprise de constater que ni sa femme, Ilse, ni même son valet de chambre n’étaient venus à sa rencontre et c’est sous l’influence de cette contrariété qu’il serra la main de son ami.
—Nous nous reverrons bientôt, cria l’industriel en tournant la poignée de la lourde voiture de l’hôtel. Je suis à Berlin pour trois semaines... à ta disposition. Ne m’oublie pas, Thor!
«Nous avons abordé bien des sujets, mais il en reste beaucoup d’autres que nous avons laissé de côté.
—Nous y aviserons, concéda le lieutenant de vaisseau avec un rire embarrassé.
Resté seul, il siffla une auto de place et fit charger sa malle. Il était de mauvaise humeur et assista, sans s’y intéresser, à la course par les rues brillamment éclairées de Berlin.