—A Weissensee, on aurait fusillé trois ouvriers parce qu’ils tenaient des propos de révolte contre l’empereur.

—Bien possible!

—Et ce n’est pas fini! Nous sommes à la veille d’événements effroyables. Comment pouvait-on penser que le kaiser rentrerait dans Berlin sans combats?

—Une partie de la population attendait ce retour, renseigna Grotthauser indigné. Ces gens nous ont trompés, nous et l’opinion publique, pendant des mois. Ils pensent maintenant récolter ce qu’ils ont semé, mais le torrent d’une volonté supérieure les balaiera.

—Fasse le ciel qu’il en soit ainsi! profère l’inconnu.

Puis il croit devoir ajouter:

—Je vous ai entendu parler, tout à l’heure, des événements, c’est ce qui m’a déterminé à me confier à vous. Sans cela, je n’aurais pas osé manifester si nettement mes opinions. Il faut faire attention, car on ne sait jamais auprès de qui l’on se trouve.

Il se tait ensuite, car plusieurs personnes sont sorties des compartiments avec leurs bagages et ont envahi le couloir, de telle sorte qu’il est impossible de songer à prolonger une conversation aussi scabreuse.

Déjà les gares de banlieue fuient derrière les vitres du wagon et bientôt le train s’engage entre les hautes rangées de maisons qui bordent la voie à droite et à gauche.

Dans le hall de la gare, une nouvelle surprise attend les voyageurs. Lorsque le train s’arrête, se dressent, à chaque portière, des soldats, baïonnette au canon, qui empêchent de descendre.