Thor veut encore répondre violemment, mais Grotthauser s’interpose, comme il a fait tout à l’heure et, le rejetant de côté, sans plus de façons:
—Je suis, dit-il, le conseiller national Grotthauser, du parti socialiste majoritaire, crie-t-il au jeune ouvrier dégingandé, qui a mené l’explication avec Tornten.
La lanterne s’élève et s’abaisse; à la lueur de la lampe, l’étranger a examiné l’industriel.
—Je vous prie de m’excuser, monsieur le conseiller national.
—Inutile, camarade... Peut-être savez-vous ce qui se passe dans notre camp et pourquoi le soulèvement a éclaté si tôt?
L’ouvrier se rapproche de la voiture:
—Nous avons été trahis, monsieur le conseiller national; l’arrestation de nos chefs a soulevé une violente indignation, qu’il n’a pas été possible d’enrayer. Cela a éclaté partout. Ce soir, on a commencé par les services publics; tous sont entre nos mains, bien que, par endroits, il y ait eu un commencement de combat avec les postes d’impériaux qu’on y avait placés. Les secteurs électriques, les usines à gaz, la plupart des gares, le service des eaux et, en général, tout ce qui est nécessaire à l’existence de la ville, tout cela est à nous.
«Mais il paraît que, dans le courant même de cette nuit, les troupes impériales doivent tenter de reprendre le terrain perdu. En plus des quartiers centraux de Berlin, elles ont fortement occupé les faubourgs du Nord, où se trouve leur camp. De Pankow et de Tégel, nous attendons, cette nuit, de vigoureuses contre-attaques. Il fera chaud, car de notre côté, nous nous préparons à une énergique résistance.
—Je vous remercie, camarade, et bonne chance!
—Bonne nuit!