La barricade est ouverte pour laisser passer l’automobile, qui se remet aussitôt en marche et continue à glisser dans le brouillard de la nuit.

—Alors, mort et désolation sur la malheureuse cité! gémit Tornten épouvanté.

—Et la guerre civile sur tout le territoire, achève tristement Grotthauser.

Ils ne parlent plus, préoccupés de leurs pensées, pendant tout le reste du voyage, qui se passe désormais sans rencontres désagréables, grâce à l’habileté du chauffeur et à la vitesse de la voiture.

Et, parmi les pensées qui, chez Tornten, prennent le dessus, il est étonné de constater que celles qui dominent ne sont pas celles auxquelles l’ont préparé ses nobles origines et son éducation de hobereau, élevé dans le respect des institutions et qui, certainement, avant le cycle de ces événements, aurait donné tous ses biens, tout son sang pour la maison impériale, et tout sacrifié pour le kaiser, même l’honneur.

Dans l’intervalle, l’automobile a atteint Dahlem; elle tourne dans la rue où se trouve la villa du capitaine d’Unstett et s’arrête devant la propriété. Les voyageurs descendent et Grotthauser recommande au chauffeur de ne pas s’éloigner, quelle que soit la durée de l’absence de ses clients. L’homme s’y engage et les deux amis, accompagnés de Carry, se dirigent vers la maison.

Un instant après, ils sonnent à la grille, qui s’ouvre aussitôt.

Une servante est venue au-devant des visiteurs et va leur demander ce qu’ils désirent, quand Grotthauser franchit délibérément et rapidement le seuil; il est immédiatement suivi par Tornten et Carry.

La servante, ahurie, s’informe:

—Que désirez-vous?