—Parler au capitaine d’Unstett, répond l’industriel.
—Monsieur le capitaine n’est pas à la maison.
Mais elle n’a pas fini sa phrase, que l’affirmation de la domestique est aussitôt démentie. Une porte, au fond du couloir, s’est entr’ouverte et la voix de Fritz d’Unstett prononce avec calme:
—Faites entrer au salon ces messieurs et cette dame; je viens tout de suite.
Le sang-froid d’Unstett, en présence de ses trois visiteurs, est surprenant; c’est à croire qu’il les a entendus et trouve lâche et mesquin de décliner l’explication.
La femme de chambre introduit donc tout le monde dans ce même salon où, quelques mois auparavant, Thor de Tornten avait rencontré le comte Kammitz.
A peine y sont-ils entrés que Fritz d’Unstett apparaît; il n’est pas seul: derrière lui se montrent les formes élégantes d’Ilse qui, vêtue de sombre, est indiciblement jolie et désirable.
Les circonstances ne comportent guère de politesses; pourtant Grotthauser va s’incliner, quand il remarque la mine rogue et arrogante du capitaine de cavalerie. Il rengaine net son geste et se redresse, non moins hautain, tandis que dans le silence qui a suivi l’entrée du maître de la maison et de sa compagne, retentit la voix tranchante de Tornten qui interroge:
—Où est mon fils? je veux ravoir mon fils! sinon...
Le capitaine de cavalerie lui fait face et les deux hommes se mesurent du regard. Unstett s’écrie, avec une violence qui se nuance déjà de la cinglante ironie dont il ne se départira pas dans la suite: