—C’est donc que vous avez éloigné mon fils, dans le cours de ces deux dernières heures!
—L’enfant n’a jamais été sous mon toit, affirme le capitaine.
Mais ces subterfuges ne sont pas à la convenance d’Ilse, dont les traits reflètent, pendant cette discussion, en un sourire narquois, la joie de la vengeance satisfaite. Elle s’avance soudain et, dans son regard, brille tout un monde de contentement et d’orgueil, lorsqu’elle crie au père de son enfant:
—C’est faux!... il n’y a pas une heure, je tenais mon petit dans mes bras, car c’est moi... moi seule qui ai attiré mon fils à Munich.
Thor chancelle et Grotthauser doit le soutenir d’une main ferme, mais, du même coup, dans ce geste, il le protège contre la velléité d’un retour offensif qui le jetterait, dans le paroxysme de fureur où il est, sur la femme qui le brave après l’avoir outragé.
—Eh bien, puisqu’il en est ainsi, confesse à son tour Unstett, sachez que l’enfant est en bonnes mains. Je trouvais inutile de vous en faire part, mais Mme de Tornten est d’un avis différent. Forte de ses droits, elle n’a pas à se défendre de son action généreuse.
—C’est un rapt odieux et lâche, hurle Thor, et digne d’une misérable sans honneur et d’un individu qui sacrifie à ses propres intérêts l’intérêt et l’existence de sa patrie.
Unstett va s’élancer sur lui, mais aussitôt il se domine et reprend, avec sang-froid, le ton de persiflage qu’il n’a pas quitté.
—Nous n’allons pas choisir précisément cette nuit pour épiloguer sur des questions de politique qui seront si bien résolues d’ici la venue du jour. A l’aube prochaine, Berlin sera de nouveau aux mains de son kaiser. Notez cela, messieurs. Et, pour votre tranquillité, apprenez que votre fils est sous bonne garde, parmi les troupes fidèles au kaiser. Il se trouve donc au milieu de ceux qui vont rétablir l’ordre en Allemagne.
—Ou l’esclavage, laisse entendre Grotthauser.