Unstett hausse les épaules:
—Il y a autant d’opinions que d’intelligences, et les unes, comme les autres, ne sont jamais exactement définies.
«Mais, je pense, ajoute-t-il, que l’objet qui vous attirait ici a cessé d’exister; vous savez où vous auriez, le cas échéant, à chercher le jeune Otto de Tornten et vous pourriez aller vous consulter ailleurs qu’entre mes quatre murs.
—Oui, nous partons, dit Tornten.
Et, tandis qu’il s’éloigne, avec Grotthauser et Carry, qui a suivi, dans une muette angoisse, l’explication entre les deux hommes et Ilse, il entend encore Unstett lui donner ce conseil ironique:
—Je veux encore vous mettre en garde, messieurs, contre l’idée qui pourrait vous venir de diriger vos recherches du côté de Pankow ou de Tégel. Il n’y fera pas bon d’ici peu et c’est une chose avérée que les balles frappent sans prévenir. Il serait, d’autre part, tout à fait incorrect qu’un ancien officier de la marine allemande se trouvât pris avec les chefs de l’insurrection qui combat son souverain.
—Taisez-vous! ordonne Grotthauser.
Puis, il pose, dans un geste d’apaisement, sa main sur le bras de Thor, qui va se jeter encore une fois sur son irritant adversaire, et le marin, accompagné de son ami dévoué, sort en courbant le front de la maison de celui qui lui a ravi sa femme, son fils et sa foi dans les hommes.
VIII
Dans l’escalier, Carry se presse de toutes ses forces contre la poitrine de Tornten, elle saisit sa main et la porte à ses lèvres en pleurant silencieusement. Tandis que l’infortuné père met son courage à dominer sa douleur, elle s’y abandonne toute et son cœur généreux frémit de compassion pour les souffrances de l’homme aimé.