—Tout s’arrangera, murmure-t-elle, dans un sanglot.

Il l’entoure de ses bras et répond doucement:

—Tant que tu me resteras, je ne désespérerai pas.

Grotthauser chemine lestement en avant et ils le suivent aussi vite, car il leur tarde de quitter cette maison où leur bonheur s’est effondré.

Arrivés dans la rue, il s’est passé tant de nouveau que cela suffit à les détourner entièrement des pensées qui leur torturent le cerveau et leur font battre le cœur depuis leur entretien avec Unstett.

La plus grande obscurité s’est répandue dans les rues, alors que Tornten se rappelle parfaitement qu’à son arrivée, les réverbères brillaient tout le long de l’avenue. Cette circonstance ne fait qu’accentuer la lueur qui emplit le ciel, au Nord, et qui est passée, maintenant, au rouge vif.

La fusillade crépite toujours, comme un martèlement léger dans le lointain, mais, par intervalles, une voix plus grave gronde, dont le tonnerre se rapproche de façon terrifiante. Des feux d’artillerie se déchaînent par-dessus la ville, si durement éprouvée déjà.

Le vacarme semble celui d’une grande bataille qui se déroulerait là-bas, autour du foyer d’incendie et qui menace de détruire tout ce que la civilisation et le génie de la race sont parvenus à rassembler ou à construire.

Et pour quelle cause cette nuit de terreur! pense Tornten, qui reste comme figé, debout, devant, la porte de la villa.

Cependant, une lumière brille dans l’obscurité, le phare de l’automobile; fidèle à sa parole, le chauffeur trapu, au collier de barbe noire, n’a pas abandonné ses clients, mais il n’est plus seul et, en approchant, on aperçoit, à la lueur de la lanterne, un étranger qui s’appuye à la voiture et parle avec volubilité.