A chaque tour de roue les bruits de la bataille vont s’accentuant.

Bientôt, c’est un tel déchaînement qu’on ne pourrait entendre ses propres paroles. Les hommes accroupis aux pieds de Thor, et qui n’ont cessé de parler jusqu’alors, se taisent eux-mêmes. Une lourde préoccupation pèse sur tous les occupants du véhicule.

Des flammes viennent déjà lécher les toitures et le vent qui s’est levé chasse des gerbes d’étincelles vers le ciel incandescent. Des gens, chargés de tout ce qu’ils ont pu sauver, fuient à l’encontre de l’automobile; des cris, des appels déchirent l’espace; des voitures encombrées de blessés, des éclopés qui peuvent encore se traîner, des files de soldats réguliers prisonniers, que leurs gardiens poussent devant eux à coups de crosse, circulent en tous sens et tracent un tableau d’inoubliable détresse.

A un moment donné, la voiture s’arrête sur l’ordre du rougeaud, qui crie à un garde rouge venant à l’opposé:

—Comment cela va-t-il là devant?

—Bien! Il faudrait du renfort.

—Ceux de Rixdorf sont-ils arrivés?

—Depuis onze heures; mais il ne doit plus en rester, car ils ont été pris dans un tir d’artillerie.

—Malédiction!... Et d’où attend-on du renfort?

—Le sais-je? répond l’homme, qui a déjà repris sa course.