Et l’automobile démarre.
On apprend bientôt que l’on arrive dans les rues où se trouvent les dernières réserves de l’armée des ouvriers, qui, cette nuit, ont déclaré la guerre au kaiser, et sont à coup sûr aussi bien commandés que les fidèles de Guillaume de Hohenzollern. Partout on rencontre des signes d’ordre et de discipline.
Grotthauser explique à voix basse ce que Tornten ne voit pas lui-même.
—Ici, dans cette rue latérale, il y a encore une centaine d’hommes; là, où tu vois devant nous ce débit ouvert, se trouve une ambulance ou un sous-secteur de commando. Nous avons tout prévu, tout organisé pour le mieux. Le mouvement s’est déclenché quelques jours trop tôt pour nous, mais on semble avoir eu l’esprit de ne rien changer à nos directives.
Maintenant, s’il veut être entendu, Grotthauser doit crier, car en dehors de Tornten aucun des occupants de la voiture ne peut saisir ses paroles tant est devenu violent le tapage de la fusillade et de la canonnade, sans compter les autres causes de vacarme.
L’automobile, sur l’ordre du rouquin, se range devant un local dont toutes les fenêtres sont éclairées au rez-de-chaussée. Il semble qu’on soit à quelque cent pas à peine des combattants; la fusillade crépite, le canon tonne sans interruption, dans le voisinage immédiat des survenants.
—A qui cette voiture? demande une sentinelle qui se tient devant l’entrée de l’immeuble.
—A nous, camarade, fait le chef des travailleurs, qui descend. Nous l’avons arrêtée et amenée avec ses voyageurs, qui nous ont paru suspects.
—On en trouvera l’emploi, dit le garde en s’effaçant. Avant une demi-heure, nous serons forcés de filer d’ici.
—Où cela?