L’interlocuteur indique une direction derrière lui, celle d’où vient l’automobile.
—Par là!
—Cela va donc si mal?
—Nous avons perdu beaucoup de monde sous les grosses mines; chaque atteinte nous a coûté une position. Les impériaux progressent pas à pas. Dans la rue Neuve-Royale et la rue de Prenzlau, il n’y a plus une maison intacte. Ensuite, ç’a été l’incendie qui nous a enfumés... Je crains bien que tout ne soit perdu!
L’homme à la toison rouge ne répond pas, mais se précipite dans la permanence où de nombreux individus s’affairent autour d’une table à laquelle les commandants de la garde rouge sont assis devant les plans de la ville.
Thor, ainsi que Grotthauser et Carry, sont poussés dans la salle derrière leur guide. Une épaisse fumée de mauvais tabac, des relents de bière et de vin les prennent à la gorge dès l’entrée. On les environne, on les ahurit de questions.
D’ailleurs, avant même qu’ils aient eu le temps d’y répondre, Jacob Grotthauser est reconnu.
—Que vous est-il arrivé, monsieur le conseiller national? lui crie-t-on de toutes parts.
Il rit d’un rire contraint et s’explique. Le chef à barbe rouge et ceux qui ont procédé à son arrestation se précipitent et se confondent en excuses. Il a la bonne fortune d’entendre Grotthauser demander qu’il ne soit pas inquiété pour son erreur, et le petit homme, lui frappant amicalement sur l’épaule, déclare qu’en somme il n’y a eu aucun mal.
Réintégré dans son prestige, il s’empresse de conduire Thor et Carry dans l’arrière-boutique et de les y installer; mais comme il retourne lui-même prendre place auprès du commandant supérieur et de son adjoint, Thor s’attache à ses pas, mû par la curiosité de connaître le cours des événements.