C’était bien comme l’avait dit la sentinelle.
Les troupes du kaiser semblent victorieuses sur toute la ligne. De Tégel et de Pankow, elles ont avancé simultanément et conquis, dans un combat de rues acharné, maison par maison, carrefour par carrefour.
Elles progressent à la faveur du canon, des lanceurs de mines et de liquides enflammés, des grenades à mains; et quand le corps à corps ne permet plus l’usage de ces armes, en bousculant à l’arme blanche les insurgés.
Le nombre des victimes, dit-on à la table, est effroyable de part et d’autre, car les vaincus se sont défendus avec énergie. Mais il semble que la bataille ait été décisive et, précisément, les avis en parviennent aux chefs des rebelles dans le moment que Thor et Grotthauser approchent de leur groupe.
Un jeune gaillard, ceint d’une écharpe rouge, le bras maintenu dans un bandage, rouge aussi de son sang, s’avance:
—D’où venez-vous? demande un homme brun, imberbe, qui paraît être le commandant suprême et en qui tout dénote l’ancien officier de carrière.
—Je vous suis envoyé par le camarade Kruger, de la rue Alexandre.
—Eh bien?
Le jeune homme baisse la tête et répond d’une voix sourde:
—Tout est perdu!... Nous n’avons eu, d’abord, en face de nous que les contingents réguliers venant du Nord; mais nous avons été refoulés dans la rue Alexandre, et, maintenant, nous sommes débordés par des troupes impériales qui viennent du côté de la porte de Francfort.