—Le remerciement est superflu et votre désir par trop naturel, répliqua le médecin. Entrez dans la chambre mortuaire. Vous avez témoigné, au cours de cette journée, trop d’attachement à votre ami pour que ce ne me soit un devoir en même temps qu’un plaisir de pouvoir déférer à votre désir.

Il ouvrit la porte et laissa les deux hommes en franchir le seuil, tandis qu’il s’éloignait.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le soir qui suivit l’enterrement de Thor de Tornten, les lieutenants de vaisseau que nous connaissons se trouvaient de nouveau réunis dans le cabinet du Schwanbach, comme le jour où leur ami défunt était venu les y rejoindre.

Mais il n’y régnait plus le même entrain; les esprits étaient émus et la conversation traînait péniblement entre les amis.

—Ainsi, le sort frappe les meilleurs et en fait le jouet de ses fantaisies! prononça le comte Kammitz, revenu profondément affecté de la tombe de son camarade. Qui aurait cru qu’un Thor de Tornten quitterait la vie d’aussi misérable façon?

—Ah! les femmes, répondit Rittersdorf. Quand elles s’en mêlent, le meilleur des hommes ne pèse pas un fétu avec elles.

—Laissez donc les femmes! objecta Arno de la Rieth. Il est loin d’être établi que celle de Tornten se trouvait chez le capitaine d’Unstett quand son mari est entré chez celui-ci.

Rittersdorf eut un sourire ironique.

—Croyez-vous que cela ait besoin d’être établi? Pensez-vous, Rieth, que notre pauvre Tornten se serait jeté par-dessus le balcon avec le capitaine d’Unstett par simple sport.