—Messieurs, intima le comte Kammitz, je vous prie de ne plus parler de ce scandale; il est bien assez pénible qu’il ait fait le tour de la société et que chaque jour donne naissance à de nouvelles versions de ce drame nocturne, qui n’eut pas de témoins.

«Tornten est mort; c’est pour nous le plus triste. Le reste ne nous regarde pas. Pour mon compte, je n’ai entrevu Mme de Tornten qu’une seule fois dans ma vie, et je ne saurais dire comment elle est.

—Une fort jolie femme, assura Rieth devenu rêveur.

—Tout de même, quel aveu de sa faute que de n’avoir pas trouvé bon de venir une seule fois au chevet de son mari mourant, ajouta l’aîné des Walding.

—C’est inimaginable! glapit le cadet du bout de la table.

—Je demande encore une fois qu’on fasse le silence sur cet incident, insista le comte. Pour nous il est clos.

—Je voudrais encore savoir quelque chose, interrogea Rittersdorf; qu’est devenu ce fameux capitaine de cavalerie d’Unstett, qui fut la deuxième victime du drame?

—Il semble avoir définitivement perdu l’usage de sa jambe gauche, affirma Kammitz; il aura donc conservé un souvenir inoubliable de cette affreuse nuit.

—Il aurait fallu que notre pauvre Tornten l’apprît!

—Il a eu une agonie si pénible! Comment sa vigoureuse constitution s’est-elle comportée en face de la mort?