—Du calme, Rittersdorf; conseilla Kammitz, qui jeta sur la porte un regard inquiet.

—Du calme! Comment! s’irrita le baron. Faudra-t-il donc toujours se taire et la parole restera-t-elle à ceux qui ont trahi le kaiser et, avec lui, la patrie, pour s’emparer du pouvoir?

—Tout à fait mon avis, approuva Sellenkamp.

—Voilà parler selon mon cœur, appuya à son tour l’aîné des Walding, tandis que le cadet laissait entendre un gloussement qui, vraisemblablement, devait notifier son parfait acquiescement aux paroles de l’aîné.

—Et qui donc a causé notre défaite? reprit Rittersdorf, sans se laisser troubler ni par les regards du comte qui semblait craindre l’indiscrétion possible d’un garçon aux écoutes, ni par le sourire désabusé qui flottait sur les lèvres de Tornten. Ce ne sont, certes, ni le kaiser ni ses conseillers. Cela, c’est une fable que l’on débite au peuple pour lui faire encaisser les plans des démagogues. Ce n’est pas non plus l’ennemi qui nous a vaincus; c’est l’arrière!

—Fameux, l’arrière! glapit l’aspirant.

—Paul... ta gueule! chuchota son frère, qui observait que le débat n’était pas du goût de Kammitz.

—Et qu’ont-ils fait de notre pauvre Allemagne? Une non-valeur, une invalide! Un jour, nos neveux nous maudiront. Mais on verra plus clair alors que ne le fait la génération actuelle. L’histoire nous donnera raison; elle réhabilitera ceux-là qu’aujourd’hui tous les folliculaires de la presse abreuvent de leurs injures.

«Combien grand le Reich n’était-il pas devenu sous notre kaiser! Comme ce souverain avait su consolider notre puissance, non seulement dans les armes, mais aussi dans l’industrie et dans le commerce!

«Partout où nos couleurs paraissaient sur les mers lointaines, elles étaient saluées avec enthousiasme par nos amis et par nos ennemis avec les marques d’une déférence hargneuse. Et maintenant?... Maintenant, le dernier des novices anglais conspue notre drapeau.