—Erreur encore! renseigna Tornten. Jamais ils ne voudront le mettre en parallèle avec Napoléon. C’est là, pensent-ils, un honneur qu’ils ne veulent pas faire au kaiser. Mais on saura bien trouver une île où l’interner.
—L’île de Robinson, par exemple, plaisanta l’aîné des Walding. Juan-Fernandez peut bien abriter un empereur.
—Ce ne serait certes pas si mal, reprit Sellenkamp avec vivacité. J’ai visité les îles Juan-Fernandez, il y a quelque huit ans; j’aurais trouvé un grand charme à prendre la place du matelot Selkirk devant la table duquel je me suis assis.
—Selkirk, le prototype de Robinson! gloussa l’aspirant du bout de la table, car lui aussi voulait lancer son mot dans le débat.
Il n’y avait pas un des lieutenants de vaisseau qui ne connût cet archipel de l’océan Pacifique. Thor, comme les autres, y avait séjourné. Il s’entretenait volontiers des souvenirs aimables que lui avaient laissés les jours ensoleillés vécus sur cette terre de séduction, parmi la richesse prodigieuse d’une luxuriante végétation.
Mais Sellenkamp apporta la note comique en racontant qu’il s’était agenouillé sur la tombe de Vendredi et entretenu avec un descendant de Robinson.
La gaieté dura jusqu’à ce que Kammitz ait soudain émis cette opinion:
—Avec un croiseur sous-marin, on pourrait délivrer le kaiser et le conduire dans l’Amérique du Sud, où il trouverait aisément asile.
Et tous de revenir à l’ancien thème: le retour du banni, avec une ardeur nouvelle. Les chances de la croisière hypothétique furent discutées et des plans forgés, qui parurent à Tornten complètement oiseux.
—Et pourquoi donc le conduire dans l’Amérique du Sud? s’écria Rittersdorf, toujours impétueux. Pourquoi pas à Berlin?