Ce fut pour Tornten un de ces moments où, chez les hommes qui les vivent, le sang se fige dans les veines, le cœur cesse de battre, se déchaînant aussitôt après avec une violence nouvelle qui exaspère la rage.

Un cri de fureur sortit des lèvres de Thor. Il fonça en avant. Il voulait articuler des paroles, mais sa bouche ne proférait qu’un son rauque et guttural.

Il se dressa devant les coupables qui, affolés, s’écartèrent l’un de l’autre.

—Thor!... balbutia la jeune femme.

—Garce! grinça-t-il en la repoussant brutalement.

L’élégant et mince capitaine de cavalerie avait bondi de côté, esquivant le premier choc. Il vit son adversaire, rapide comme l’éclair, s’emparer d’une chaise qui se trouvait à portée de sa main et la brandir au-dessus de sa tête en s’élançant vers lui.

L’arme improvisée retomba lourdement. De son bras, Fritz d’Unstett avait paré le coup. Il pâlit, chancela, faillit s’écrouler, mais s’en tira sauf.

Il ne connaissait pas la peur, mais la honte lui vint du rôle qu’il jouait et la claire vision du mal qu’il avait fait et des suites effrayantes qu’il entraînait pour la jeune femme.

Il tenta, dès lors, de détourner sur lui la colère du mari et s’enfuit vers la porte grande ouverte du balcon.

—Lâche! rugit derrière lui le forcené.