Sans plus s’occuper de la femme qui, hagarde de peur, s’était réfugiée derrière le large lit, Tornten se rua à la poursuite de son adversaire. Ce dernier, arrêté dans son élan par la rampe de fer du balcon, fit tête et s’opposa au poursuivant, dans un mouvement de désespoir.

—Tornten!... arrêtez!... notre vieille amitié!

—Gredin!... tu as de l’audace!... Ton compte est bon, riposta l’autre.

Déjà l’assaillant ceinturait le capitaine. Mais ce dernier savait qu’il en allait de sa vie... Au-dessous des deux hommes s’étendait le jardin et, au droit du balcon, s’allongeaient les hautes lances de fer d’une grille.

Un saut dans l’espace, c’était la mort.

Thor était supérieur en force à son adversaire. Il l’avait soulevé de terre, comme il eût fait d’un enfant, et placé sur l’appui du balcon d’où il s’apprêtait à le balancer dans le vide. Mais le capitaine avait entouré de ses bras le col du furieux et s’y cramponnait solidement, sans desserrer son étreinte au moment où Thor, le poussant par-dessus la rampe, se penchait lui-même effroyablement.

En même temps, Unstett faisait des efforts surhumains mais inutiles pour faire lâcher prise à son ancien ami.

Cependant, le désespoir décuplait ses forces et, soudain, emporté par le poids de son avant-corps, Thor bascula, sentit ses pieds perdre leur appui et culbuta, suivant, la tête la première, dans sa chute, le corps du capitaine d’Unstett.

Deux cris d’effroi résonnèrent dans la nuit, par-dessus le jardin paisible qui s’étendait sur les derrières de la villa, puis l’on n’entendit plus rien... que les râles lugubres des deux hommes.

III