Maintenant les brouillards vagues et sanglants du délire roulent devant les yeux de Thor et ce n’est que de temps à autre qu’il éprouve la sensation de voir se déchirer le rideau qu’ils opposent à ses regards. Une douleur intense siège là dans sa tête, qui lui semble devoir éclater comme sous les mâchoires d’un étau.

Une soif ardente le tourmente; il voudrait la crier, demander de quoi l’étancher... puis il a la sensation qu’on lui verse une boisson rafraîchissante. Mais c’est en vain qu’il essaie d’ouvrir les yeux pour voir qui la lui tend. Une douce main passe avec une caresse sur ses traits endoloris et semble chasser le mal qui le torture. Presque aussitôt la vision fugitive disparaît et les nuages rouges recommencent à rouler, comme des cataractes de boue et de sang.

Cependant, des soins bienfaisants l’environnent. Il lui paraît avoir longtemps dormi, d’un sommeil entrecoupé de rares réveils, dont chacun ramène les anciennes douleurs avec une violence qui se double.

S’il tente de fixer ses pensées, ce qui lui est le plus souvent impossible, elles ne cessent d’évoluer autour d’un vœu unique: être délivré de la souffrance, fût-ce par la mort. Il l’appelle, mais il est incapable de donner une forme à ce désir.

Il est bien rare qu’il puisse concevoir où il est et percevoir ce qui se passe autour de lui.

Une chose est certaine: il repose, affaibli, sur une couche blanche, dans une chambre claire, ensoleillée, qui reçoit la lumière par deux fenêtres placées en face du lit; autour de lui s’agitent des formes également claires, du même ton que son entourage, comme si elles en étaient détachées.

Ce qu’il advient de lui, il ne le sait pas, mais d’autres le savent.

Un jour c’est une barbe grise qui se penche sur lui et, près du lit, il lui semble percevoir une voix:

—Je crois qu’il s’éveille, docteur.

Mais la barbe grise s’agite et une voix laisse entendre: