—Ta mère! s’écrie le blessé, effaré. Est-ce qu’elle vit encore?
—Rêves-tu, Tornten? Bien sûr que j’ai toujours ma mère!
—Je suis fou! Je croyais que tu l’avais perdue: j’ai probablement rêvé que tu étais allé à son enterrement.
Le comte a un sourire contenu.
—Ce sont, mon cher ami, les hallucinations du délire. Ma mère, grâce à Dieu, vit toujours et se réjouit autant de mon arrivée que moi de l’aller retrouver. C’est si beau chez nous!
—Oh! oui, que ce doit être beau! soupire le lieutenant de vaisseau.
Et sa pensée évoque le paysage mélancolique de son bien de famille, en Schleswig, le manoir paternel et le parc sous la neige, les fenêtres brillamment éclairées dans cette nuit de Noël, pour le réveillon traditionnel, autour du sapin illuminé et chargé de girandoles. Il revoit encore l’aimable figure poupine de sa tante Marie, à laquelle il doit la joie de tant de fêtes semblables. Des larmes emplissent ses yeux et il se détourne pour les cacher à Kammitz.
Mais, soudain, une angoisse l’étreint:
—Où est miss Bolton? s’enquiert-il, tandis que disparaît la précédente image devant la radieuse évocation de la jeune Anglaise, qui, de plus en plus, emplit son cœur.
—Elle est allée chez toi, pour les préparatifs de Noël. Ton fils va venir passer la soirée auprès de toi.