—Bien.... Je saurai tout endurer, finit par dire l’officier d’un ton ferme. Pour le but que j’entrevois, il n’est pas de sacrifice qui me coûte.

—Viens donc!

Ils franchissent la porte que Kammitz a soin de refermer aussitôt derrière eux.

Le colosse blond semble d’abord pétrifié. Au milieu du salon qu’il reconnaît pour celui du capitaine de cavalerie, autour d’une table recouverte d’un tapis vert, il ne voit que visages connus: Jacob Grotthauser qui s’est vivement levé pour se porter à sa rencontre, Arno de la Rieth, le long Sellenkamp, Rittersdorf, fougueux et passionné, Heins de Walding et son frère, l’aspirant Paul, et, là-bas, comme vissé à son siège qu’il est le seul à n’avoir pas quitté, sans un geste de bienvenue à l’égard du survenant... Fritz d’Unstett.

Le lieutenant de vaisseau n’en peut croire ses yeux! Comment, Grotthauser, qui, devant le monde, n’a jamais fait secret de ses libres opinions, se trouve-t-il mêlé à cette assemblée de hobereaux déterminés et quelle apparence y-a-t-il que des relations se soient établies entre Unstett et les officiers de marine qui, autrefois, connaissaient à peine de nom le capitaine de cavalerie.

—Bonjour, Tornten! l’accueille un cri unanime, tant son arrivée paraît à tous un heureux événement.

—Voici ta place, indique ensuite Kammitz, lorsque tous, à l’exception d’Unstett, ont salué Tornten, qui, poussé vers le milieu de la table, se trouve faire vis-à-vis au comte.

Tandis que chacun regagne son siège, Thor jette un regard rapide vers Unstett, qui se trouve tout au bout de la grande table. Le capitaine de cavalerie se soulève blême et silencieux et s’incline en faisant un léger salut. Le marin semble ne pas voir ce geste.

Son attention est, d’ailleurs, sollicitée par une immense carte de l’Amérique du Sud, épinglée sur la table, devant sa place. De petits drapeaux, en grand nombre, y tracent, le long de la côte orientale du continent, une ligne irrégulière, qui finit au cap Horn. Tornten regarde curieusement Kammitz, qui se prend à sourire.

—Je réclame le silence, messieurs, fait-il de sa voix sonore.