Elle l'entraîna précipitamment dans la salle d'attente où se trouvait une pancarte avec les noms de tous les voyageurs. Lentement elle la parcourut avec son doigt, et finit par s'arrêter sur le nom anglais qu'elle avait pris: Mme James.
«Souvenez-vous-en quand vous viendrez demain, dit-elle. Je me sens la tête lourde. Bonne nuit.»
Francis rentra chez lui tout en se demandant ce qu'amèneraient les événements du lendemain. En son absence, ses affaires avaient pris un nouveau tour. Comme il traversait le vestibule, un des domestiques le pria de passer au bureau de l'hôtel. Il y trouva le gérant, qui le reçut gravement, comme s'il avait quelque chose de fort sérieux à lui annoncer.
Il était au regret de savoir que M. Francis Westwick avait, comme les autres membres de la famille, éprouvé un mystérieux malaise dans le nouvel hôtel. Il avait été informé confidentiellement de l'odeur extraordinaire qu'il avait cru sentir dans la chambre à coucher. Sans avoir la prétention de discuter la chose, il était obligé de prier M. Westwick de vouloir bien l'excuser s'il ne lui réservait pas la chambre en question, après ce qui s'était passé.
Francis répondit sèchement, un peu froissé du ton qu'avait pris le gérant:
«J'aurais peut-être renoncé à coucher dans la chambre, si vous l'aviez conservée pour moi. Désirez-vous que je quitte l'hôtel?»
Le gérant vit la maladresse qu'il avait commise et se hâta de la réparer.
«Certainement non, monsieur! Nous ferons de notre mieux pour vous satisfaire tant que vous resterez avec nous. Je vous demande pardon si j'ai dit quelque chose qui vous ait déplu. La réputation d'un établissement comme celui-ci est fort importante et mérite qu'on s'en occupe. Puis-je espérer que vous nous ferez la faveur de ne rien dire de ce qui s'est passé en haut? Les deux Français nous ont fort obligeamment promis de garder le silence.»
Ces excuses ne laissèrent à Francis d'autre alternative polie que de céder à la requête du gérant.
—«Cela met fin au projet insensé de la comtesse, pensa-t-il en lui-même, en remontant chez lui. Tant mieux pour la comtesse!»