«Comment vous, une femme instruite, seriez-vous réellement comme la femme de chambre de ma soeur! s'écria-t-il. En supposant que le pressentiment absurde que vous avez soit une chose sérieuse, vous prenez un mauvais moyen de le prouver. Si mon frère, ma soeur et moi n'avons rien vu, comment miss Agnès Lockwood découvrira-t-elle ce qui ne nous a pas été révélé? C'est une parente éloignée de Lord Montbarry, c'est seulement une cousine.

—Elle était plus près du coeur de Montbarry qu'aucun de vous, répondit la comtesse d'une voix sourde. Jusqu'à son dernier jour, mon misérable mari s'est repenti de l'avoir abandonnée. Elle verra ce qu'aucun de vous n'a vu: elle aura la chambre.»

Francis écouta, cherchant en vain à trouver la raison qui avait pu faire prendre à la comtesse une pareille résolution.

«Je ne vois pas quel intérêt vous avez à tenter cette expérience, dit-il.

—Mon intérêt est de ne pas l'essayer! Mon intérêt est de fuir Venise, et de ne jamais revoir Agnès Lockwood, ni aucune personne de votre famille!

—Qu'est-ce qui vous empêche de le faire?»

Elle sauta debout et le fixa avec un regard sauvage: «Je ne sais pas plus que vous ce qui m'en empêche, s'écria-t-elle. Une volonté plus forte que la mienne me pousse à ma perte, en dépit de moi-même!» Elle s'assit soudain et lui fit signe de la main de s'en aller.

«Laissez-moi, dit-elle; laissez-moi à mes réflexions.» Francis la quitta, fermement persuadé qu'elle avait perdu la raison. Pendant le reste de la journée, il n'entendit plus parler d'elle. La nuit se passa tranquillement. Le lendemain matin, il déjeuna de bonne heure, décidé à attendre au restaurant l'arrivée de la comtesse. Elle entra et commanda tranquillement son déjeuner, elle avait l'air sombre et abattu, comme la veille. Il s'approcha d'elle à la hâte et lui demanda s'il lui était arrivé quelque chose pendant la nuit. «Rien, répondit-elle.

—Avez-vous reposé aussi bien que d'habitude?

—Tout aussi bien. Avez-vous reçu des lettres ce matin? Savez-vous quand _elle _viendra?