M. Troy se tourna vers Mme Ferraris et la regarda de nouveau avec l'intérêt qu'on accorde en général à la victime d'un malheur. D'un air distrait, il tapotait sur la table avec ses doigts. Puis il se décida à parler.

«Vous ne croyez réellement pas, ma chère dame, que votre mari soit mort?»

Mme Ferraris mit son mouchoir sur ses yeux.—Mort!—ce mot ne rendait nullement sa pensée.

«Assassiné! dit-elle sèchement, la figure, cachée par son mouchoir.

—Pourquoi et par qui?» demanda M. Troy.

Mme Ferraris parut hésiter un peu à répondre. «Vous avez lu les lettres de mon mari, monsieur, commença-t-elle. Je crois qu'il découvert…» et elle s'arrêta.

«Qu'a-t-il découvert?»

Il y a des limites à la patience humaine, même à la patience d'une femme désolée. Cette froide question irrita Mme Ferraris au point de la faire s'expliquer enfin clairement.

«Il a découvert lady Montbarry avec le baron! répondit-elle, avec un éclat de voix. Le baron n'est pas plus le frère de cette misérable femme que moi. Mon pauvre cher mari s'est aperçu de l'infamie de ces deux coquins. La femme de chambre a quitté sa place à cause de cela; si Ferraris s'en était allé aussi, il serait en vie maintenant. Ils l'ont tué. Je dis qu'ils l'ont tué pour empêcher que tout n'arrivât aux oreilles de lord Montbarry.»

Puis, en quelques mots de plus en plus vifs, s'exaltant à mesure qu'elle parlait, Mme Ferraris donna son opinion sur l'affaire.