» Nous fûmes reçus avec toute la courtoisie possible, par le frère de lady Montbarry, M. le baron Rivar.
»—Ma soeur seule a prodigué ses soins à son mari pendant tout le cours de sa maladie, nous dit-il. Elle est accablée de fatigue et de douleur… sans quoi elle eût été ici pour vous recevoir. Que désirez-vous, messieurs? et que puis-je faire pour vous à la place de milady?
» Suivant nos instructions, nous répondîmes que_ _la mort et l'enterrement de lord Montbarry à l'étranger nous obligeait à prendre quelques informations sur sa maladie, et sur les circonstances qui s'y rattachaient, informations qui ne pouvaient être recueillies que de vive voix. Nous expliquâmes que la loi accordait aux compagnies d'assurances un certain temps avant le paiement de la prime et nous exprimâmes notre désir de conduire l'enquête avec la plus respectueuse considération pour les sentiments de douleur de lady Montbarry et de tous les autres membres de la famille habitant la maison.
» Le baron répondit:
»—Je suis le seul membre de la famille résidant ici, mais je suis à votre entière disposition et vous pouvez vous regarder dans le palais comme chez vous.
» Du commencement à la fin, nous avons trouvé ce monsieur d'une franchise parfaite, et il nous a offert très gracieusement de nous aider en tout.
» À l'exception de la chambre de milady, nous avons visité chacune des pièces du palais le jour même. C'est un édifice immense, non entièrement meublé. Le premier étage et une partie du second contiennent les pièces qui avaient été occupées par lord Montbarry et les gens de sa maison. Nous avons vu, à une extrémité du palais, la chambre à coucher dans laquelle «Sa Seigneurie» est morte, et nous avons également examiné la petite chambre y attenant, dont le défunt s'est servi comme d'un cabinet de travail. À côté se trouve une grande salle dont il laissait habituellement les portes fermées à clef, et où il allait, comme on nous l'a dit, travailler quelquefois quand il voulait une parfaite tranquillité et une solitude absolue. De l'autre côté de cette grande salle se trouvent la chambre à coucher occupée par la veuve, et un boudoir-cabinet de toilette où dormait la femme de chambre avant son départ pour l'Angleterre. Outre ces pièces, il y a encore les salles à manger et les salles de réception, ouvrant sur une antichambre qui donne accès au grand escalier du palais.
» Au deuxième étage, les chambres sont: le cabinet d'études, la chambre à coucher du baron Rivar et un peu plus loin, une autre pièce, qui a servi de logement au courrier Ferraris.
» Les salles du troisième étage et du rez-de-chaussée étaient, lorsqu'on nous les a montrées, absolument vides et entièrement délabrées. Nous demandâmes s'il y avait quelque autre chose à visiter au-dessous. On nous répondit sur-le-champ qu'il restait les caves que nous étions libres de parcourir.
» Nous y descendîmes afin de ne laisser aucun endroit inexploré: les caveaux avaient servi, disait-on, de cachots autrefois, il y a plusieurs siècles. L'air et la lumière ne pénètrent qu'à peine dans ces sombres lieux, par deux espèces de puits étroits et profonds qui communiquent avec une cour située derrière le palais; leurs orifices élevés fort au-dessus du sol sont obstrués par d'épaisses grilles de fer. L'escalier en pierre conduisant dans les caveaux se ferme au moyen d'une lourde trappe que nous trouvâmes ouverte. Le baron descendit devant nous. Nous fîmes la remarque qu'il serait désagréable que la trappe, en retombant, vint à nous couper la retraite. Le baron sourit à cette idée.