De lourds bâtiments ancrés dans le chenal prennent leur cargaison de bois pour l’Europe; un gros bourg luit dans les bois de la rive opposée; il ne faudrait rien qu’un climat un peu plus favorable pour faire de ce lieu l’un des plus charmants endroits qu’on puisse rêver.
La voiture qui renfermait Kitty et Arbuton roula vers Sillery, en passant par le chemin Saint-Louis.
Déjà le feuillage jaloux, sous lequel se cachent les jolies villas et les habitations princières de ce faubourg aristocratique, se parait çà et là des teintes rouges et jaunes de l’automne.
Çà et là dans les champs une vigne sauvage rougissait le gazon.
Des cerises à grappes retardataires mûrissaient encore dans le détour des haies; l’air était rempli du cri mélancolique des grillons et des sauterelles, et s’imprégnait de cette indicible tristesse qui annonce la fin de l’été.
Le cœur des deux jeunes gens se ressentait de cette influence rêveuse.
Le cocher comprenait à peine quelques mots d’anglais, et leur conversation pouvait sans inconvénient aborder ces sujets naïvement personnels, prendre ce ton d’autobiographie psychologique qui caractérise les intimités croissantes entre deux jeunes gens—conversations dans lesquelles chacun d’eux apparaît à l’autre comme un être tout à fait exceptionnel, avec des idées, des émotions et des sentiments d’autant plus uniques, qu’ils sont absolument communs à l’un et à l’autre.
La lieue qui sépare Québec de Sillery avait paru bien courte, lorsque, quittant le chemin Saint-Louis, le cocher tourna bride dans la direction du fleuve, et s’engagea dans la route tortueuse et sauvage qui descend vers la rive.
Nos jeunes amis ne songeaient pas beaucoup à la vieille mission.
Néanmoins ils mirent pied à terre et visitèrent le petit enclos où s’élevait autrefois la chapelle des jésuites, dont on voit encore les fondations à fleur de sol.