C’est le grand fleuve désolé des terribles pays du Nord!
A mesure que le jour avançait, les montagnes qui, d’un côté, s’éloignaient d’abord presque hors de vue, et que, de l’autre, le lointain estompait d’une teinte de violet sombre, se rapprochaient graduellement du rivage, et à certain endroit, du côté nord, s’avançaient même jusqu’au bord de l’eau. Le fleuve s’étendait devant elles comme un lac.
Sur leurs penchants quelques chaumières, et à mi-côte, au milieu des pins rabougris, un hôtel ceinturé de vérandas annonçait un lieu de villégiature en vogue, au cœur de ce qu’on aurait pris d’abord pour une solitude.
Des huttes d’Indiens construites en écorce de bouleau nichaient au pied des rochers, et brillaient par leurs teintes oranges et pourprées.
Du sommet de ces huttes s’échappait une spirale de fumée bleuâtre; et à l’entrée de l’une d’elles se tenait une sauvagesse en jupon rouge feu.
D’autres, en châles éclatants, étaient accroupies parmi les quartiers de roches, chacune d’elles entourée de chiens et de petits sauvages.
Mais tous ces tons chauds, ne servaient, comme au coucher du soleil d’hiver, qu’à faire ressortir le caractère glacial et désolé de la scène.
Les toilettes légères des dames que l’on apercevait sur la véranda frappaient l’œil froidement; et, sur la figure des habitants oisifs qui flânaient le long de la jetée, le voyageur croyait découvrir je ne sais quelle détermination triste de retenir leurs larmes, lorsque notre bateau les quitterait pour continuer sa route.
L’on mit à terre deux ou trois vieilles villageoises qui furent accueillies sur le quai comme si elles arrivaient d’un long voyage.
Puis les hommes de l’équipage déchargèrent une quantité énorme d’oignons, le seul bagage que ces bonnes vieilles eussent rapporté de Québec. Bottes après bottes de la piquante bulbeuse furent débarquées avec soin par les matelots, et comptées par les propriétaires.