Enfin l’ordre était donné de retirer la passerelle, lorsque l’une des paysannes jette un cri de désespoir en tendant des bras suppliants vers le bateau. Une botte d’oignons avait été oubliée à bord.

L’un des matelots s’empare du précieux article, le porte en toute hâte à terre, et s’en revient poursuivi par les bénédictions de la brave femme.

Les joyeux touristes de séjour à la Malbaie refoulèrent leur chagrin; et, au moment où Arbuton leur tournait le dos, le vapeur, reprenant le large, les laissa seuls en proie à leur ennui fashionable.

On mit le cap sur la rive sud pour débarquer des passagers à Cacouna, petite ville d’eau plus considérable que la Malbaie.

A Québec, la marée, qui s’élève de quinze pieds, n’est produite que par l’impulsion donnée par la mer; l’eau n’y est pas salée. Mais à Cacouna il n’en est pas de même; il ne manque là aux bains de mer que le ressac.

On y voit accourir en grand nombre les Canadiens qui s’échappent de leurs villes pendant l’été court, mais brûlant, des pays du Nord.

Ni le village ni l’hôtel ne sont à portée de vue du débarcadère; mais, ainsi qu’à la Malbaie, toute la société en villégiature encombrait le quai, comme si l’arrivée du steamer eût été pour eux le grand événement de la journée. Cette fois, on y était venu en nombre, les uns à pied, les autres en omnibus ou en cabriolet.

Tout à coup les rangs s’ouvrirent pour laisser passer une procession étrange qui se dirigeait vers le vapeur, musique en tête.

—C’est une noce de sauvages, dit l’un des officiers du bord au monsieur à l’air militaire qui se tenait à côté de lui, près du bastingage.

Et, les musiciens s’étant écartés, Arbuton, qui l’avait entendu, put apercevoir le marié et la mariée.