A la vérité, cela n’a jamais été qu’un rendez-vous de chasse de l’intendant royal, Bigot, un individu qui, par ses méfaits a mérité un renom particulier dans l’histoire de Québec.

Il fut le dernier intendant avant la conquête du pays par les Anglais; et, malgré la détresse générale dans la colonie, il s’enrichit en opprimant le peuple et en spéculant honteusement aux dépens de l’armée.

Il avait construit cette maison de plaisance dans les bois; et il s’y rendait pour ses parties de chasse et les orgies qui s’ensuivaient.

Là aussi, paraît-il, vivait secrètement la jeune Huronne qui l’aimait, et qui survit dans la mémoire des paysans sous le nom de la Sauvagesse assassinée.

Or, il faut le dire, les preuves du meurtre sont tout aussi douteuses que celles de l’existence de la personne elle-même.

Lorsque le pervers Bigot fut arrêté et envoyé en France, où on lui fit un procès remarquable surtout par l’épaisseur des dossiers, le château passa en d’autres mains.

Un détachement des soldats d’Arnold hiverna là en 1775; et c’est à nos compatriotes que nous devons l’incendie et la destruction du Château-Bigot.

Il s’élève, comme nous l’avons dit, au centre d’une clairière, avec ses deux murs de pignon et un mur de refend encore presque entiers, et qui, ce jour-là, se détachaient avec beaucoup d’effet sur le ciel tendrement azuré du nord.

Sur le pignon le plus exposé aux intempéries, le fer enclavé dans la pierre avait, sous l’assaut de bien des tempêtes d’hiver laissé couler des suintements d’un brun rougeâtre; et des touffes de lichen tenace plaquaient çà et là la surface de la muraille.

Mais le reste de la maçonnerie s’élevait, vierge de toute végétation parasite, dans la nudité particulière aux ruines, sous nos climats où nulles plantes grimpantes n’adoucissent le morne aspect de l’abandon et de la décrépitude.