Mme Ellison tendit la nappe, combinant l’arrangement des mets, changeant plusieurs fois de place les tranches de langue et les sardines qui flanquaient le poulet rôti, et se demandant avec anxiété si elle devait mettre les gâteaux et les pêches confites immédiatement, ou si elle ne devait pas plutôt les réserver pour un second service.
Les olives au vinaigre la réduisirent au désespoir; elles étaient en bouteille, et pour ne pas rompre la symétrie, il fallait les placer de façon à ce qu’elles servissent de pendant à quelque chose d’aussi important par sa forme.
Des marguerites sauvages, des feuilles vertes et rouges, des ramilles de fougère jaunissante que Kitty avait disposées dans un verre furent saluées avec enthousiasme, mais rejetées bientôt avec répulsion, à cause de quelques fourmis qu’y découvrit Mme Ellison.
Kitty tint tête à l’explosion avec sa patience ordinaire et se mit à cuisiner le café.
Avec ce douloureux et charmant émoi que seuls les amoureux connaissent, Arbuton la regarda casser l’œuf sur le bord de la cafetière, l’y laisser tomber, et puis remuer avec un empressement délicieux.
Cela lui représentait la vie domestique, lui donnait un avant-goût du foyer: c’était l’invitation inconsciente de l’épouse à l’intimité de la vie de famille.
Au fracas de la coquille, il trembla; le clapotement de l’œuf et du café à l’intérieur de la cafetière lui donna des étourdissements.
—Puis-je remuer pour vous, miss Ellison? dit-il d’un ton embarrassé.
—Ah! mais non, répondit-elle, surprise qu’un homme voulût se mêler de brasser le café; mais si vous alliez me cherchez de l’eau au ruisseau, vous m’obligeriez.
Elle lui donna une cruche, et il se dirigea vers le ruisseau, qui n’était qu’à une minute de distance.