—Oh! oui, vous l’êtes. Mais je me demande si vous saurez trouver Eriécreek.
—Est-ce sur la carte?
—Sur la carte du comté, oui; ainsi que la propriété de mon oncle Jack, et même une vue de sa maison, si vous voulez. Tout le monde sera rangé sur le balcon—quelque chose comme celui-ci—quand vous arriverez. Vous reconnaîtrez mon oncle Jack à sa longue barbe grise, ses sourcils en broussailles, ses bottes qui ne seront pas cirées, et son chapeau de paille d’Italie, que nous ne pouvons pas lui faire remplacer. Les cousines seront avec lui—Virginia, la figure tout animée d’avoir préparé le dîner pour vous, et Rachel avec quelque pièce de raccommodage à la main—et toutes deux descendront l’allée en courant pour vous souhaiter la bienvenue. Comment cela vous ira-t-il?
Arbuton sentait bien qu’il y avait un peu de caricature dans ce tableau, et il sourit en homme tout à fait rassuré.
—Cela m’ira parfaitement dit-il, pourvu que vous veniez vous aussi à ma rencontre. Où serez-vous?
—J’oubliais. Je serai en haut, dans ma chambre, épiant à travers la persienne, pour voir comment vous prenez la chose. Puis je descendrai pour vous recevoir avec dignité dans le salon; mais après le repas, il faudra que vous m’excusiez pendant que je m’occuperai de la vaisselle. Mon oncle vous tiendra compagnie. Il vous parlera de Boston. Il aime encore mieux Boston que vous ne l’aimez vous-même.
Et Kitty éclata de rire, en songeant à la différence qui existait entre le Boston de son oncle et celui d’Arbuton, se divertissant malicieusement à la pensée de leur embarras mutuel pour trouver sur le sujet un point de commune entente.
Arbuton avait quitté son siège, et s’était éloigné de quelques pas regardant du côté des chutes, comme s’il eût pu de cette façon retarder la venue du colonel et de Fanny.
Kitty fit trève un moment à son accès de gaieté pour remarquer deux dames qui remontaient le sentier, se dirigeant vers l’entrée où elle était assise.
Arbuton ne les voyait pas.